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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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... « Un roman de gare » pensa-t-il. « Et plutôt mal écrit ». Aussitôt il chassa de son esprit ces premières pensées maladroites.
Il ferma les yeux: on allait bien voir, en les rouvrant, ce qu'il resterait de cette vision.
Elle se tenait toujours debout, face à lui, entre le bord du lit et la fenêtre, et bien qu'elle sembla immobile, il la voyait renouveler au ralenti ce geste de parfumer sa poitrine. Simplement parce qu'elle le lui avait décrit (c'est à dire écrit), et que ses phrases avaient longtemps encré ses pensées, il lui sembla naturel qu'elle le fit devant lui aussi longtemps que mettrait le rêve à devenir réalité. 
Était-ce cela aimer: cette capacité qu'ont les phrases à renaître d'elles mêmes jusqu'à venir habiller les corps d'une lente cérémonie itérative? ...
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