________________________________________________________________________________________________________________________ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.
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Je marchais droit devant moi, privilégiant pour cet exercice les plus longues artères, comme la rue de Vaugirard par exemple, qui depuis la Sorbonne traverse le sixième, quinzième arrondissement, puis la proche banlieue ouest pour ne perdre son élan que sur les hauteurs de Meudon dans une forêt clairsemée et pressée de voies rapides. L'itinéraire ne suscitant aucune hésitation, l'esprit tout entier demeurait mobilisé à observer le lent affaiblissement urbain qui donnait l'illusion de passer insensiblement de la ville à la campagne.
Marcher droit devant soi c'est repousser plus loin le vide qui nous guette.
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