Chaque jour je plante un nouveau galet dans mon jardin atlantique.
Disposés sur la tranche, alignés, il forment une rangée inutile qui
progresse laborieusement vers le mur du fond - celui de la glycine. La
plupart d'entre eux se sont échappés du banc de rochers calcaires
voisin: discrets, diformes, érodés, sans prétentions, pleins de trous et
de doutes, ils ont toute ma tendresse.
D'autres, moins
nombreux, gneiss et granits, proviennent du nord de l'île. Ceux-là
gardent pour eux le secret de leur complexité tranchante. Rien n'émousse
leur détermination et leur beauté sauvage.
Pourtant, un jour
ou l'autre, cette procession minérale s'arrêtera en chemin, sans raison,
suspendue comme une promesse en l'air dont rien ne laisse présager
l'issue.
Doux vertige de l'inachevé.