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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Les merles matinaux parlent â voix basse de leurs tendres errances en se moquant de la nuit fatiguée.
Ils mesurent leur chance enfouie à égale distance des deux rives.
 
Vous saviez qu'elle se tiendrait là, du côté des mots, des livres, de l'écriture. Vous l'aviez toujours su, avec une détermination butée qui parfois figeait autour de votre bouche un sourire impassible. « Une ride d'expression » vous dit-on un jour. Mais vous pensiez plutôt à une ride d'impression tant ce froissement-là prenait naissance au plus profond. C'est bien à elle que vous souriez, à cette présence en filigrane dont vous auriez juré pouvoir percevoir le parfum, intimement lié à celui du papier, de l'encre, de l'air froissé entre ses doigts.
Vous guettiez ce moment, où, dans un plissement du temps, quittant le roman, elle vous livrerait un secret.

 

 Le vent à tort, j'attends la pluie.
Zodiaqualement, je suis taureau embourbé, ascendant lézard sceptique.
Mais je ne crois guère aux signes. 
Sauf peut-être à ceux que l'on fait avec les mains.
 
Chaque jour je plante un nouveau galet dans mon jardin atlantique. Disposés sur la tranche, alignés, il forment une rangée inutile qui progresse laborieusement vers le mur du fond - celui de la glycine. La plupart d'entre eux se sont échappés du banc de rochers calcaires voisin: discrets, diformes, érodés, sans prétentions, pleins de trous et de doutes,  ils ont toute ma tendresse.
D'autres, moins nombreux, gneiss et granits, proviennent du nord de l'île. Ceux-là gardent pour eux le secret de leur complexité tranchante. Rien n'émousse leur détermination et leur beauté sauvage.
Pourtant, un jour ou l'autre, cette procession minérale s'arrêtera en chemin, sans raison, suspendue comme une promesse en l'air dont rien ne laisse présager l'issue.
Doux vertige de l'inachevé.

 

La maison résonne encore des éclats de rire jetés en vrac dans la cage d'escalier. Un oiseau sans bec à ouvert la porte pour nous expliquer l'odeur de la pluie. Il est reparti avec la salière et la queue de l'orage. 
Il faudra bien un jour percer le double secret des volets clos et des chevaux blancs aux tendres galops.
Les promeneurs qui arpentent la plage en soupesant leur âme à chaque enjambée ignorent tout de leur propre histoire. Ils ne parviennent pas à déchiffrer ces belles nervures tendues par le vent à l'opposé du jour. 
Leur avenir est dunaire. 
À foison, un peu plus loin, s'étend la tendresse des tamaris en fleurs. 

 

On ne sut jamais qui avait pendu un fleuve autour de son cou.
Qu’elle fût lointaine me rassurait car entre un homme et une femme seule importe la distance qui les sépare et les chemins de fortune qu’ils déploient pour en explorer les improbables ramifications. Je trouvais dans cet espace propice au mûrissement de relations complexes, laborieuses, contrariées, sans cesse menacées par les quiproquos, les maladresses, les fautes de frappes et les imprévisibles interruptions de communication, la justification à mes hésitations, ce brouillard d’élans et de retraits qui me renvoyait à ma nuit souterraine. 
Mais j’espérais surtout qu’elle fût éloignée d'elle-même, que nous pourrions, dans nos errances et nos perditions, nous retrouver à l’envers de nos solitudes en un ailleurs dont nous ignorerions les contours, - un lieu illisible à d’autres où prendraient corps et âme ces ombres qui nous taraudent depuis l’enfance - nous affranchir de nos réticences, de nos doutes, de ces peurs revenues d’âges immémoriaux qui empêchent l’amour de se déployer autrement que dans des étreintes vives ardentes, celles dans lesquelles on jette avec son dernier souffle une part ultime et désespérée de soi.
 
Les craquements du parquet au milieu de la nuit demeurent énigmatiques. Le jardin hausse les épaules : cette année il y aura un peu de raisin mais pas d'olives. A cause de la maladie.

Bien qu'un contre-feu fût allumé au dos du volcan, un goût de lave persistait en bouche et par procuration celui des tendresses inexprimées.
Le ciel taille dans ses hanches brûlées: c'est le soir qui hésite entre factice et courage avant d'entamer une nouvelle histoire.
Murmures à ton oreille lointaine pour ne pas froisser le jour. Ou bien pour que tu n'entendes pas. 
Le flou est la matière dont on fait les confidences et des signes aux rivières.
Vous intervenez dans la fabrique du soir comme adjoint aux considérations secondaires pendant que la nuit étend sur la ville sa main d'oubli et ses doigts d'argile.
Nous racontons toujours la même histoire, repliée sur elle même, chemin de bruine offert aux étourneaux.
J'aime minuit sur les talons de cette ville et le fleuve à ses trousses qui hésite à sortir de son lit.
J'attends. 
Une attente sans objet, une latence, une douce béance parfois. Dans quelle direction se précipiter?
Et si tout était lié dans la même tendre impossibilité?
( l'ajournement des possibles)
Le ciel est incomplet, le vide sidérant.
J'éprouve une certaine jouissance au spectacle d'une telle sévérité . Rien ne dépasse. C'est un rêve.  
Ou un non-sens.
Déterminons avec précision l'origine des pentes douces!
Sur les musiques de nuit la moralité du verbe glisse doucement vers l'apaisement des bribes.
Renouer ne peut convenir à ce qui demeure imbriqué.
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