Les mains brêches consentent aux amours tendres pour ajouter à la somme des jours.
l'ajournement des possibles
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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.
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Il allait et venait derrière les persiennes fermées, couvert de rien et
d'attente, flattant l'encolure du temps dont toute traversée est
contenue dans la patiente assurance d'atteindre un visage qui
transfigure tous les autres.
(Des ombres au dehors, des bruits de pas, des souvenirs assourdis, des paroles en l'air...).
Vous
saviez qu'elle se tiendrait là, du côté des mots, des livres, de
l'écriture. Vous l'aviez toujours su, avec une détermination butée qui
parfois figeait autour de votre bouche un sourire impassible. « Une ride
d'expression » vous dit-on un jour. Mais vous pensiez plutôt à une ride
d'impression tant ce froissement-là prenait naissance au plus profond.
C'est bien à elle que vous souriez, à cette présence en filigrane dont vous auriez juré pouvoir percevoir le parfum,
intimement lié à celui du papier, de l'encre, de l'air froissé entre ses
doigts.
Vous guettiez ce moment, où, dans un plissement du temps, quittant le roman, elle vous livrerait un secret.
Chaque jour je plante un nouveau galet dans mon jardin atlantique.
Disposés sur la tranche, alignés, il forment une rangée inutile qui
progresse laborieusement vers le mur du fond - celui de la glycine. La
plupart d'entre eux se sont échappés du banc de rochers calcaires
voisin: discrets, diformes, érodés, sans prétentions, pleins de trous et
de doutes, ils ont toute ma tendresse.
D'autres, moins
nombreux, gneiss et granits, proviennent du nord de l'île. Ceux-là
gardent pour eux le secret de leur complexité tranchante. Rien n'émousse
leur détermination et leur beauté sauvage.
Pourtant, un jour
ou l'autre, cette procession minérale s'arrêtera en chemin, sans raison,
suspendue comme une promesse en l'air dont rien ne laisse présager
l'issue.
Doux vertige de l'inachevé.
Les promeneurs qui arpentent la plage en soupesant leur âme à
chaque enjambée ignorent tout de leur propre histoire. Ils ne
parviennent pas à déchiffrer ces belles nervures tendues par le vent à
l'opposé du jour.
Leur avenir est dunaire.
À foison, un peu plus loin, s'étend la tendresse des tamaris en fleurs.
Qu’elle fût lointaine
me rassurait car entre un homme et une femme seule importe la distance
qui les sépare et les chemins de fortune qu’ils déploient pour en
explorer les improbables ramifications. Je trouvais dans cet espace
propice au mûrissement de relations complexes, laborieuses, contrariées,
sans cesse menacées par les quiproquos, les maladresses, les fautes de
frappes et les imprévisibles interruptions de communication, la justification à mes
hésitations, ce brouillard d’élans et de retraits qui me renvoyait à ma nuit souterraine.
Mais
j’espérais surtout qu’elle fût éloignée d'elle-même, que nous
pourrions, dans nos errances et nos perditions, nous retrouver à
l’envers de nos solitudes en un ailleurs dont nous ignorerions les
contours, - un lieu illisible à d’autres où prendraient corps et âme ces
ombres qui nous taraudent depuis l’enfance - nous affranchir de nos
réticences, de nos doutes, de ces peurs revenues d’âges immémoriaux qui
empêchent l’amour de se déployer autrement que dans des étreintes vives
ardentes, celles dans lesquelles on jette avec son dernier souffle une
part ultime et désespérée de soi.
Les
craquements du parquet au milieu de la nuit demeurent énigmatiques. Le
jardin hausse les épaules : cette année il y aura un peu de raisin mais pas
d'olives. A cause de la maladie.
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