A force de contemplation mutique, la parole, parcimonieuse, repliée sur elle-même, avait fini par s’émousser. Elle était devenue hésitante, compliquée, laborieuse. Un mot n’en appelait plus naturellement un autre, porté en avant par celui qui s’échappait des lèvres en contenant déjà dans sa fuite le souffle du suivant. Des écueils encombraient le chemin, des zones de silences gangrenaient la phrase, tâches d’ombres suspendant par instants son envol. Du regard, on sondait l’interlocuteur, et s’il semblait avoir compris où on voulait en venir, on lui laissait volontiers faire le reste du chemin tout seul.
Une sorte de fatigue verbale s’installait complaisamment. On ne disait presque plus rien mais on n’en pensait pas moins. La cause était entendue.
L’écrit, à l'inverse, conservait un semblant de célérité que l’usage de l’ordinateur affûtait. Le clavier allait plus vite que la main empêtrée dans de navrantes histoires de stylo, de papier et de coin de table. Le logiciel corrigeait l’orthographe, mettait en forme, donnait l’impression de finir les phrases à votre place en leur donnant la flatteuse apparence de la chose imprimée, donc définitive et approuvée. On pouvait n'écrire que pour soi, c'est à dire pour personne et tout le monde.
En toutes circonstances le point final restait une arme redoutable constamment à portée de main. Vous étiez sûr d'avoir le dernier mot; surtout avec vous-même.
Vous étiez convaincu qu’il s’agissait là de deux rivières distinctes ne se rejoignant pas.
L’écrit, à l'inverse, conservait un semblant de célérité que l’usage de l’ordinateur affûtait. Le clavier allait plus vite que la main empêtrée dans de navrantes histoires de stylo, de papier et de coin de table. Le logiciel corrigeait l’orthographe, mettait en forme, donnait l’impression de finir les phrases à votre place en leur donnant la flatteuse apparence de la chose imprimée, donc définitive et approuvée. On pouvait n'écrire que pour soi, c'est à dire pour personne et tout le monde.
En toutes circonstances le point final restait une arme redoutable constamment à portée de main. Vous étiez sûr d'avoir le dernier mot; surtout avec vous-même.
Vous étiez convaincu qu’il s’agissait là de deux rivières distinctes ne se rejoignant pas.
De la première qui se tarissait ne sourdait plus que le minimum nécessaire à la bonne intelligence du quotidien. Ce flot-là se perdait dans les sables du bavardage.
De la seconde vous espériez pouvoir saisir sur le vif quelques frémissements irisés, des mots-flottants qui n'atteindraient jamais l'embouchure puisqu'elle s'éloignait à mesure que l'on en approchait mais qui vous laissaient avec la satisfaction gratuite de l'insaisissable devenu dicible.
Si vous existiez un peu, vous aimeriez que ce fût là.
Si vous existiez un peu, vous aimeriez que ce fût là.