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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Je pris soudain la pleine mesure des ocres finissantes, cette résignation de l’air sans éclat ni surprise, la paresse du jour, la tempérance des heures non plus heurtées les unes aux autres dans la précipitation de l’instant mais fondues en une même inclinaison, la résolution douce de s’en remettre aux simples certitudes : le silence des pierres, la perfection à la surface des eaux, la pâle transition des ombres portées dans le déclin des jours, les frimas à venir, soupçonnés, retenus pour un temps encore derrière l’horizon.
L’été passé, devenu "l’était", plus rien ne presse.
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