Qu’elle fût lointaine
me rassurait car entre un homme et une femme seule importe la distance
qui les sépare et les chemins de fortune qu’ils déploient pour en
explorer les improbables ramifications. Je trouvais dans cet espace
propice au mûrissement de relations complexes, laborieuses, contrariées,
sans cesse menacées par les quiproquos, les maladresses, les fautes de
frappes et les imprévisibles interruptions de communication, la justification à mes
hésitations, ce brouillard d’élans et de retraits qui me renvoyait à ma nuit souterraine.
Mais
j’espérais surtout qu’elle fût éloignée d'elle-même, que nous
pourrions, dans nos errances et nos perditions, nous retrouver à
l’envers de nos solitudes en un ailleurs dont nous ignorerions les
contours, - un lieu illisible à d’autres où prendraient corps et âme ces
ombres qui nous taraudent depuis l’enfance - nous affranchir de nos
réticences, de nos doutes, de ces peurs revenues d’âges immémoriaux qui
empêchent l’amour de se déployer autrement que dans des étreintes vives
ardentes, celles dans lesquelles on jette avec son dernier souffle une
part ultime et désespérée de soi.
Les
craquements du parquet au milieu de la nuit demeurent énigmatiques. Le
jardin hausse les épaules : il y aura un peu de raisin mais pas
d'olives.
A cause de la maladie