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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Je voyageais coincé entre un imposant bavarois qui débordait de son siège et une frêle japonaise sujette à la narcolepsie. Il fallait choisir son camp: je me tournais donc vers le hublot et le soleil levant. Malheureusement, à chaque fois que la tête nipponne était sur le point d'atterrir en douceur sur mon épaule complaisante, sa propriétaire s'éveillait en sursaut et basculait de l'autre côté, vers le hublot à travers lequel scintillaient dans le jour naissant des chapelets de lueurs orangées. 
Pas même un « touch-and-go ».
Les voyages en avion sont désormais d'une banalité affligeante.
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