Nous n'étions qu'une poignée à déambuler sur les planches qui longent la plage.
Une
divagation nonchalante, une course de lenteur dans laquelle chacun
veillait à maintenir une distance suffisante avec les autres promeneurs.
Au
cinéma on est une silhouette lorsqu'on devient visible, qu'on acquiert
un début d'existence, un filet de voix; ici nous ne sommes que des
figurants sans trait ni épaisseur. Nous nous découpons de profil sur
le fond d'un paysage qui finit par nous absorber. Nous en constituons
une infime partie, mobile, erratique, sans interactions avec les autres
corps.
Finalement nous sommes le paysage, organique et minéral à la fois.
Il n'y a pas de metteur en scène: c'est la matière elle-même, recyclée à l'infini dans le cadencement du temps effroyable.