________________________________________________________________________________________________________

Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

________________________________________________________________________________________________________
Nous n'étions qu'une poignée à déambuler sur les planches qui longent la plage.
Une divagation nonchalante, une course de lenteur dans laquelle chacun veillait à maintenir une distance suffisante avec les autres promeneurs.
Au cinéma on est une silhouette lorsqu'on devient visible, qu'on acquiert un début d'existence, un filet de voix; ici nous ne sommes que des figurants sans trait ni épaisseur. Nous nous découpons de profil sur le fond d'un paysage qui finit par nous absorber. Nous en constituons une infime partie, mobile, erratique, sans interactions avec les autres corps.
Finalement nous sommes le paysage, organique et minéral à la fois.
Il n'y a pas de metteur en scène: c'est la matière elle-même, recyclée à l'infini dans le cadencement du temps effroyable.
© Copyright
Tous droits réservés