________________________________________________________________________________________________________

Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

________________________________________________________________________________________________________
Désormais la route était verglacée. Le vent agitait furieusement les branches de sapin, emportait des nuées de grésil. Les roues patinaient à chaque virage quand je les braquais pour entamer le plus fort de la pente. Faire demi-tour eut été périlleux, redescendre de ce côté impossible. Il fallait à tout prix atteindre le col.
J'y parvenais comme tombait la nuit.
Plus rien ne pressait maintenant; j'arrêtais la voiture, écoutais le grondement des bourrasques qui la bousculaient, scrutais un horizon fermé. Plus loin Genève somnolait mollement dans ses reflets lacustres sans se douter du mauvais temps qui grondait ici, la frontière hésitait encore le long de cette ligne  de crête qui haussait les épaules.
Je partageais avec l'obscurité la mélancolie des disparitions exhaustives.
© Copyright
Tous droits réservés