Désormais
la route était verglacée. Le vent agitait furieusement les branches de
sapin, emportait des nuées de grésil. Les roues patinaient à chaque
virage quand je les braquais pour entamer le plus fort de la pente.
Faire demi-tour eut été périlleux, redescendre de ce côté impossible. Il
fallait à tout prix atteindre le col.
J'y parvenais comme tombait la nuit.
Plus
rien ne pressait maintenant; j'arrêtais la voiture, écoutais le
grondement des bourrasques qui la bousculaient, scrutais un horizon
fermé.
Plus loin Genève somnolait mollement dans ses reflets lacustres sans se
douter du mauvais temps qui grondait ici, la frontière hésitait encore le long de cette ligne de crête qui haussait les épaules.
Je partageais avec l'obscurité la mélancolie des disparitions exhaustives.