Tout s'inversait.
Les fleuves remontaient vers leur source, l'océan se retirait, cédant la place aux dunes, sabliers notoires qui enrayaient la parole, la gravait au marbre de la mémoire où vont et viennent les langues anciennes.
Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.