________________________________________________________________________________________________________

Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

________________________________________________________________________________________________________
Pourquoi cette expression de langue maternelle ? Ne devrait-on pas lui préférer celle de langue amoureuse, certes émergeant des premiers balbutiements (oedipiens, noueux, laborieux ...) mais ne prenant son envol et son ampliation définitive que dans sa friction avec le désir, le double anéantissement des attentes entre-baillées, des corps qui coïncident dans la nuit sévère de nos solitudes angoissées ?
De l'accouplement des mots naît la langue vivante, une et duale, fragilité spéculaire offerte à nos visages sidérés.
(Aller et venir dans tes mots d'errance, tes fulgurances).
© Copyright
Tous droits réservés