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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Dans un demi-sommeil, par la porte entre-ouverte, j'apercevais sa silhouette dans la cuisine, statuaire dénudée, échappée sans bruit des replis de la nuit. 
Jambes et pieds nus comme la pluie, effleurée par la pâleur d'un néon, elle lisait en fumant une cigarette, debout sous le ronronnement de la hotte.
Quelques fussent ces lignes d'alors, je sentais bien qu'elle lisait au plus profond de moi, qu'elle labourait dans mes ignorances bâillonnées .
Dans ce défrichement de nos êtres, elle m'était définitive. 
 

 
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