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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Il y eut, à l'heure du couchant, une tâche de soleil soudaine répandue sur Lausanne. Elle semblait vouloir indiquer avec insistance le contour de la ville, la détacher sur un fond de reliefs estompés par la fuite du jour, la découper pour la soustraire au miroir des émotions. 
A l'œil nu on distinguait de fiers bâtiments, des reflets clinquants, presque des battements dans l'air épais.
Pourtant d'autres interrogations plus essentielles ne tardèrent pas à poindre : cette neige sur la crête, venait-elle du ciel ou bien était-ce d'elle que naissaient ces somptueux nuages?
Pourrait-on retenir un moment le paysage en l’encerclant entre le pouce et l’index des deux mains ?
Mais combien d'années faudrait-il pour traverser le lac?
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