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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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J’aime vous désirer dans votre inaccessibilité. C’est de l’impossibilité de vous que se nourrit mon élan, que se dessine la trame de votre existence: votre manière de caresser les mots, de les tresser, d’où je déduis votre façon de sourire, de marcher, de regarder par la fenêtre, de ne pas dormir, de compter sur le temps à venir. Il me semble alors percevoir l’intensité de vos regards, l'accuité de votre langue, l'arrondi de vos gestes.
Un glissement sémantique infinitésimal se produit :
De « désir », je passe à « saisir ».
« Saisir dans écrire, tel qu’écrire, est un désir de saisissement particulier enchaîné à un objet universellement possédé, constitué d’avoir été saisi de toutes les manières possibles, rendant le désir vain dans son objet même et par là sans effet dans son action. » 
NonGlossaire. Marc Cholodenko. Ed. P.O.L.
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