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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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L'orage monte. D’abord un voile laiteux, vaporeux, sensuel. Une brise mousseline, transparente et soyeuse comme un baiser tombé des nues. Une bouche aérienne habitée d’un souffle brûlant et mes doigts enfiévrés, fouillant l’air, cherchant des lèvres tendues.
Le ciel s’exhibe, montre ses dessous, ondule, s’épaissit, roule, se met en scène, s’obscène.
Cet orage m’appartient, il se donne.
Je remonte le Boulevard Saint Germain tête renversée en arrière, yeux mi-clos, bouche ouverte : c’est moi qui recueillerai la première goutte de pluie.
Je suis prêt.
J’attends le coup de foudre.
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