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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Chaque jour je plante un nouveau galet dans mon jardin atlantique. Disposés sur la tranche, alignés, il forment une rangée inutile qui progresse laborieusement vers le mur du fond - celui de la glycine. La plupart d'entre eux se sont échappés du banc de rochers calcaires voisin: discrets, diformes, érodés, sans prétentions, pleins de trous et de doutes,  ils ont toute ma tendresse.
D'autres, moins nombreux, gneiss et granits, proviennent du nord de l'île. Ceux-là gardent pour eux le secret de leur complexité tranchante. Rien n'émousse leur détermination et leur beauté sauvage.
Pourtant, un jour ou l'autre, cette procession minérale s'arrêtera en chemin, sans raison, suspendue comme une promesse en l'air dont rien ne laisse présager l'issue.
Doux vertige de l'inachevé.

 

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