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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Elle allait dans les reliefs tamisés de mes désirs, s'insinuant en des lieux de mémoire que j'avais abandonnés à l'érosion des jours. C'était là que je l'avais toujours attendue, d'abord sans rien soupçonner de sa présence, reclus dans cette part de douleur et d'errance qui traîne en chacun de nous comme un fardeau originel dont on ne parvient pas à se défaire faute d'en détenir les clés.
Rasséréné, je percevais par delà l'horizon de mes doutes, sa respiration de fleuve, le courant chaud de ses mots qui nourrissait mon étonnement, bien que je ne doutais pas de son existence (nul besoin de la toucher pour croire en elle). 
Son sillage persistait à la frange de mes silences, dans mes ombres et mes vacuités de plomb.
Désormais elle était ma veine, ma part belle: elle seule entendait ce que je taisais.
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