________________________________________________________________________________________________________

Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

________________________________________________________________________________________________________
S'ouvre alors un espace démesuré dans lequel se fondent, insaisissables, l'extrême langueur des jours ruisselants sur le double vitrage de la vie, la braise incertaine des faux souvenirs rougeoyants au ventre des nuits sans sommeil, le refus des évidences allumées en contre-feu pour étouffer les doutes, l'écho lointain de voix incertaines parties à la recherche des lettres perdues pour passer de précises à précieuses, et enfin un rideau d'impuissances tiré sans bruit sur une pluie de façades muettes.
(averse estivale)



Je fréquente également quelques oiseaux matinaux, dont ce merle distancié qui désormais s'enhardit à traverser l'olivier.
Il me parle des lointaines et de l'envers des arbres.
Ma grand-mère, qui avait connu les privations de la guerre et se désolait de ma constitution chétive, me remplissait les poches de morceaux de sucre avant d'aller à l'école. 
Je m'en débarrassais au bout du chemin, au coin du cimetière (avant le petit pont sur le ruisseau) en les balançant dans la haie qui me cachait à sa vue.
Mai, Juin : deux mois d’école, soit environ deux kilos de glucose rendus à la terre.
(gerbo baude)

© Copyright
Tous droits réservés