Elégance narrative d'un orage fulgurant, écartelé entre envies cérulées et désirs de chairs lacustres.
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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.
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On pourrait envisager l’écriture de deux manières : avec optimisme au risque de la voire se perdre dans une pensée lénifiante, stéréotypée, aseptisée, enrobée de l’air du temps, respectant les lois du marketing ou bien à l’inverse provocante, vulgaire, criarde, servie bruyamment sur un plateau de télévision, dont on ne tire qu’une faible matière, une lie pâteuse et sans consistance.
Loin de cette alternative, c’est bien la fêlure qu’il faut explorer, la lente détérioration des équilibres, la friction des êtres au chant biaisé de leurs faiblesses.
Finalement qui de l’écrivain où de ses personnages est le plus sujet à la dévoration intérieure ?
35 degrés.
La ville plie sur l’enclume. Le béton hésite. La circulation se dissout dans une odeur de goudron fondu . Les façades ont bu les derniers piétons avec leur ombre. Ma voiture est un mirage argenté qui flambe au dessus du parking. Exister demande un effort. L’idée de l’eau est épuisante et vaine: une moiteur râpeuse qui n’ira pas au delà de la gorge, n’irriguera pas le corps. Partout la même crispation résignée, une lutte silencieuse contre un ennemi insidieux coupé en tranche dans les pales des ventilateurs. La fournaise lit dans nos pensées. Il n’y à plus rien à faire. Sinon résister et attendre.
Un
vol plané. Comment reconstituer le passé à partir de cette seule image ?
Avec le temps, son travail de sape, l’oublieuse mémoire ne laisse plus
filtrer que des mots, des expressions, des phrases, des embryons de
paragraphes. Rien que du désordre intérieur, de l’insaisi-sable qu’il
faut attraper au vol, replier sur lui-même dans l’espoir d’en rapprocher
les extrémités. L’idéal serait de pouvoir dessiner une courbe, en
pointillé, une piste d'atterrissage en douceur.
Ainsi
l’histoire débute-t-elle par des questions sans réponses. Le point de
départ est flou, mouvant.
Mes châteaux forts sont des châteaux de sable dont la matière file entre les doigts, se disperse au vent.
Très tôt je décidais de tourner le dos aux autres, aux adultes, aux choses sérieuses, à l'avenir, à l'étrave qui opiniâtrement fend les eaux, image d’acharnement buté, à l'objectif que je refuse de me fixer, à tout ce qui relève de la certitude, de l’inéluctable, ne s’accommode d’aucune marge de manœuvre ni d’erreur, ne laisse aucune place au hasard comme l’heure du départ, l’heure d’arrivée, le nombre maximum de passagers autorisé, la quantité de carburant dans la cuve, et celle, plus difficile à évaluer, absorbée par le capitaine qui entreprend à grands coups de sirène vengeurs de contourner l’épave du torpilleur allemand coulé dans la passe pendant la dernière guerre.
Excellant dans l’art d’échapper à la surveillance serrée dont je faisais abusivement l’objet depuis mes derniers exploits (plonger dans une piscine vide et libérer de leurs entraves quelques trop frêles embarcations), je préférais me concentrer sur l'inutile, le futile, l'indicible, l'ineffable, l'insaisissable: comment naissent les remous, que se passe-t-il au centre d’une spirale, et si la chaîne du gouvernail se rompait maintenant, elle est dans le même état que le foie du capitaine, avons-nous une chance raisonnable d’être emporté par le courant, de venir nous échouer sur l’épave germanique, de prolonger ainsi notablement la durée de la traversée sans modifier le cours de l’histoire ?
Je fixais du regard le sillage durant toute la traversée.
( tourner le dos)
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