A quoi pensait votre arbre, éloigné par l'hiver, implicite ?
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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface.
Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence.
Rien ne se tait tout à fait.
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On cherche un mot, comme une arche, où passerait le fleuve.
Un mot, un lit profond, syllabes de limon, langue pour relier la source à l'estuaire.
Un rivage surgit dans la lumière blanche.
Un jour à livre ouvert.
Pour toute écriture, un alphabet de barques.
Grappe d'enfants blottis sous les salsepareilles pour écouter la mer.
Puis le sommeil nous couvre de ses mains d'écume.
Jacqueline Saint-Jean. "Chemins de bords".
Aucun
lieu ne se clôt tout à fait, ne se peut résoudre en un domaine fini. Tous restent
ouverts aux mondes adjacents qui s'organisent en îlots superposés.
Babel est la règle.
L'inclusion
l'emporte sur la complétion sans toutefois définir de limites. L'espace
majeur induit l'espace mineur qui à son tour imbrique ce qu'il
contient: la vie dans la ville, la ville dans cette pièce, les murs dans
la tête, jusqu'à la pensée minime qui bat en brèche toute ambition à
cerner comme à élever continûment.
J'arpentais les heures grises, les hanches creuses de temps adoucis dont le délitement portait à l'indolence comme l'errance des fumées dans le ciel.
J'attendais votre retour.
Un homme attend toujours le retour d'une femme, parfois même sans le savoir. J'allais donc d'un pas mesuré aux bords d'une vacance impalpable, vivant dans la fréquentation sereine de cet espace mordoré dessiné par votre absence.
Il m'annonçait votre retour prochain alors que vous n'étiez encore jamais venue.
J'étudie la chute des feuilles, l'inéluctabilité de leur trajectoire vers un point hypothétique qu'elles n'atteindront jamais. C'est une occupation à plein temps qui me conduit à passer mes journées dehors, absorbé par d'intenses contemplations.
Mais le temps lui-même finit par se vider de sa substance et perturbe le résultat de mes recherches.
L'aléa l'emporte encore, d'un rien, sur la rigueur et la logique.
Je demeure donc obstinément dans le clan des évasifs.
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