------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
A quoi pensait votre arbre, éloigné par l'hiver, implicite ?
Un vent de maladresses soufflait sur le lac des amours diluviens. La pluie battait les cartes, redressaient les torts, forgeait des hommes nouveaux prompts à s'anoblir dans les tâches submersibles. Un concours de baisers fut organisé quai de Belgique. 
Les désirs faisaient front.
Quelque chose me fuyait, me dépossédait de moi-même: je m'estompais. Il fallait aller aussi loin que possible dans le dessaisissement pour éprouver le filtrat des jours, constater ce qu'on pourrait bien en retenir de tangible.
Depuis, je prêche dans le désert des mots poissons.
Des murs invisibles séparent parfois les hommes et les femmes.
Les livres, le sexe ouvrent des brèches.
On cherche un mot, comme une arche, où passerait le fleuve.
Un mot, un lit profond, syllabes de limon, langue pour relier la source à l'estuaire.
Un rivage surgit dans la lumière blanche.
Un jour à livre ouvert.
Pour toute écriture, un alphabet de barques.
Grappe d'enfants blottis sous les salsepareilles pour écouter la mer.
Puis le sommeil nous couvre de ses mains d'écume.
Jacqueline Saint-Jean. "Chemins de bords".
Maintenir avec le monde un contact minimum, une égale distance entre les frénésies éclatantes et les solitudes intransigeantes. 
Se contenter de dialogues sous-jacents, comme ce trajet, cette nuit, sous la lune cinglante de la banlieue ouest.
Aucun lieu ne se clôt tout à fait, ne se peut résoudre en un domaine fini. Tous restent ouverts aux mondes adjacents qui s'organisent en îlots superposés.
Babel est la règle.
L'inclusion l'emporte sur la complétion sans toutefois définir de limites. L'espace majeur induit l'espace mineur qui à son tour imbrique ce qu'il contient: la vie dans la ville, la ville dans cette pièce, les murs dans la tête, jusqu'à la pensée minime qui bat en brèche toute ambition à cerner comme à élever continûment.
J'arpentais les heures grises, les hanches creuses de temps adoucis dont le délitement portait à l'indolence comme l'errance des fumées dans le ciel. 
J'attendais votre retour. 
Un homme attend toujours le retour d'une femme, parfois même sans le savoir. J'allais donc d'un pas mesuré aux bords d'une vacance impalpable, vivant dans la fréquentation sereine de cet espace mordoré dessiné par votre absence. 
Il m'annonçait votre retour prochain alors que vous n'étiez encore jamais venue.
J'étudie la chute des feuilles, l'inéluctabilité de leur trajectoire vers un point hypothétique qu'elles n'atteindront jamais. C'est une occupation à plein temps qui me conduit à passer mes journées dehors, absorbé par d'intenses contemplations. 
Mais le temps lui-même finit par se vider de sa substance et perturbe le résultat de mes recherches. 
L'aléa l'emporte encore, d'un rien, sur la rigueur et la logique.
Je demeure donc obstinément dans le clan des évasifs.
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