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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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L'absente inhabituelle fut confiée aux pages des livres recomposés, malgré le couperet des langues étrangères articulé comme un fermoir.
Finalement les chemins de fer ne font rien.
Tout s'inversait. 
Les fleuves remontaient  vers leur source, l'océan se retirait, cédant la place aux dunes, sabliers notoires qui enrayaient la parole, la gravait au marbre de la mémoire où vont et viennent les langues anciennes.
J'attends cet orage qui mûrit son étonnement du côté de Meudon. Je n’ai plus d’autre activité que celle-ci, impérative: compter les coups de semonce, saisir dans l’air la protestation muette de la poussière mouillée, espérer l’effondrement du ciel sur lui-même, vérifier sa prédisposition à en faire trop. 
J’y consacrerai le temps qu’il faudra.
"Je préfère ce qui n'est pas dans le monde, ce qui flotte légèrement au-dessus, je préfère ne pas entrer dans le monde et rester sur le seuil- regarder, indéfiniment regarder, passionnément regarder, seulement regarder."
(Christian Bobin. Geai. )
La tentation est grande de survoler, de ne pas entrer dans le vif du sujet.
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