------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Éclats de rires saupoudrés sur des secrets éventés, obsolescence du jour qu'étouffe le murmure du soir.
Les membres du jury littéraire nourrissaient une suspicion légitime: le bruit courait qu'un traître mot s'était glissé parmi les douze livres retenus.
En regardant le miroir au mur, l'homme pensa que ce n'était pas son image qu'il voyait mais tout ce qu'il avait laissé derrière lui.
J'accrochais mon récit à la courbe de vos cils. Il s'y balançait avec le vôtre, oscillait d'un non-dit à l'autre, oreiller du temps repris.
Les courants traversiers qui irriguent la ville me conduisent invariablement auprès du fleuve.
Je reste sur la rive, mais je sens bien que je suis sous affluence.
A leur façon de se tenir au milieu en même temps qu'à côté, aux hésitations de leurs pas empruntés, à l'errance de leurs regards qui franchissent les épaules du vide, vous en reconnaissez quelques uns, de ces êtres reclus dans la conversation des pierres.
Ils vont, défaits de toutes velléités, éloignés d'eux-mêmes, dissemblables – superbement débarrassés du sérieux des mondes, emportés par l'instant, heureux d'un bonheur qui s'ignore.

La brume s'est évanouie. Par surprise. Tout est figé.
La course du soleil est suspendue, les ombres sont écrasées, la marée résolument basse et indolente, le vent évanoui, le bruit perdu dans l'infini, le temps fossilisé dans l'instant.
Calme blanc.
Même l'horizon n'ose plus se différencier, aligner sa certitude rigoureuse.
Fragile équilibre qu'un seul regard trop appuyé pourrait détruire. Je retiens mon souffle.
Je guette l'apparition des premières risées. Elles viendront par l'ouest, en bancs sauvages et ridés, en reflets translucides, en glissades froissées. Puis la brise s'établiera, tranquille et décidée. En quelques instants, c'est tout le paysage qui aura changé, presque oublié dans l'insouciance de la mémoire.
Simplement les gens diront: " le vent s'est levé ".

Au recueil du couchant la créance des heures rouvre l'abîme: sommes-nous à ce point vrillés dans l'inintelligible, l'impossibilité flagrante de l'autre, ou bien simplement noués dans la même parole noire et sourde qui nous rend intraduisibles?

Ou d'y penser,

comme on compte les oiseaux sur la branche sans pouvoir expliquer cette facilité à emprunter la beauté des ruelles, des phrases, des rivières ou des pâleurs d'avril.

Rive gauche je cherchais dans les rues à l 'amble l'approbation de ta hanche.
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