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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Je m’interroge sur la chronicité et la coïncidence. 
Ai-je peur du Chaos ?

A vos yeux dessillés j'articulais des indicibles tandis que coulait entre mes lèvres empêchées le ciment sec des imaginaires. Si je demeure muré dans la brèche hivernale, appuyé contre l'abréviation des temps multiples, c'est que je vous attends, éclaircie à l'orée de vos mots, bien au delà des saisons primaires et des givres consommés.
Il y avait dans ces rideaux de pluie, un matin qui peinait à rejoindre le jour nécessaire, un peu de place pour l'ennui, l'hésitation qui sied aux lenteurs  hivernales .
Nous attendions des jours meilleurs.
Il y a dans perdre le renouvellement de la perte, un peu comme le poids entraîne la chute et la chute illustre la pesanteur.
Rebrousser n'est pas possible. Perdre c'est tomber vers le haut, s'élever par ce qui vous quitte, avancer dans le détachement, la simplification solaire.
Le perdu précède le nu.
Un non-lieu fut prononcé en faveur de la nuit.
Dehors, je m'efforce de ressentir le poids du ciel sur mes épaules, j'observe l'application radieuse du soleil à déplacer les objets, j'envie l'insouciance du vent qui multiplie les coups en douce, j'admire l'ingéniosité des heures à défaire le jour qui avance.
Dehors, je m'inscris dans tout ce qui paraîtrait insignifiant à quiconque: un oiseau perché sur une rampe en fer,  un cheval blanc au galop,...


La promesse d'une mort alternée nous laisse entrevoir la possibilité d'un intervalle.
Interrogée, la moleskine grise des nuages avançait des arguments variables. Les donations furent réputées caduques et sans filigranes: je demeurais, hors saison, inscrit dans la parcimonie des jours.
C'est dans les livres que tout est écrit. Entre les lignes. Celles qu'on parcourt les yeux clos, dans l'obscurité, calciné dans la tourbe des insomnies.
Il y a dans l'inachèvement une promesse qui vous tient.
"Sans cesse il n'y a pas de monde au lieu où nous vivons. Sans cesse la figure du monde est passée. Sans cesse le langage fait défaut. Sans cesse celle qu'on aime se réduit à un rêve. Sans cesse les souvenirs ne sont que des pierres."
Pascal Quignard. Le nom sur le bout de la langue.

Le lieu est celui des rivières 
Des oiseaux sur la branche
Le lieu est partout.


Ce que je cherche est introuvable:
la morsure des mots au creux des riens dont il ne subsiste aux confins des sourires qu'une buée attendrie, l'ombre d'un doute, un quasi oublié qui pourrait bien vous revenir s'il n'y avait cet agacement au bout de la langue, cet évanouissement irrattrapable au moment même où l'on pensait enfin tenir.
Je cherche précisément ce qui reste quand il n'y a plus rien.
La surface de la mer n'explique pas tout.
Et le soleil qui y grave des sermons de plomb compte ses parcelles d'amertume.
Pullulement de confidences abandonnées à la peau grise des dimanches.
L'origine des pentes douces est un point d'inflexion qu'il faut à tout prix isoler, détacher des variations saisonnières.
Ainsi le prodige de ta nuque.
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