Arrivé en haut de la rue, le ciel s'ouvre pour laisser de la place à la dune (vous aimez la douce féminité du mot). Vous êtes d'abord saisi par le parfum épicé des immortelles qui flotte encore dans l'air longtemps après la saison estivale. On en fait des bouquets, renouvelés chaque été, pour rythmer la lente respiration des résidences secondaires. L'humidité laissée par la dernière averse, la rosée matinale, le limbe de brume des pâles soirées renforcent l'insistance de cette fragrance. Le parfum est capiteux, sauvage : vous avez conscience de pénétrer un lieu intime et secret, de soulever un voile fragile.
Le chemin est sinueux, comme pour retarder le moment d'atteindre la plage. Inutile de se hâter face à ce qui patiente.
Puis, au pied de l'escalier en b.ois qui en quelques volées de marches et de sable enjambe la crête, c'est l'iode souverain qui vous bouscule. Vous fermez les yeux, marquez un temps d'arrêt avant d'oser regarder l'océan droit dans les vagues. Vous vous étonnez que la même sidération vous étreigne à chaque nouvelle confrontation. Votre regard prend appui sur les deux pointes qui encadrent le paysage avant d'aller se perdre aussi loin que l'horizon et votre mélancolie le permettent.
Vous rêvez de devenir loin.
Sur le chemin du retour vous sentez dans votre dos l'amicale mais ferme pression du vent marin.
Vers l'est, de lourdes volutes nuageuses s'accumulent au dessus d'un trait de côte hérissé de quelques clochers, châteaux d'eau, éoliennes et antennes relais.
Mais peu importe puisqu'il s'agit du continent et que vous êtes du bon côté.