------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Arrivé en haut de la rue, le ciel s'ouvre pour laisser de la place à la dune (vous aimez la douce féminité du mot). Vous êtes d'abord saisi par le parfum épicé des immortelles qui flotte encore dans l'air longtemps après la saison estivale. On en fait des bouquets, renouvelés chaque été, pour rythmer la lente respiration des résidences secondaires. L'humidité laissée par la dernière averse, la rosée matinale, le limbe de brume des pâles soirées renforcent l'insistance de cette fragrance. Le parfum est capiteux, sauvage : vous avez conscience de pénétrer un lieu intime et secret, de soulever un voile fragile. 
Le chemin est sinueux, comme pour retarder le moment d'atteindre la plage. Inutile de se hâter face à ce qui patiente. 
Puis, au pied de l'escalier en b.ois qui en quelques volées de marches et de sable enjambe la crête, c'est l'iode souverain qui vous bouscule. Vous fermez les yeux, marquez un temps d'arrêt avant d'oser regarder l'océan droit dans les vagues. Vous vous étonnez que la même sidération vous étreigne à chaque nouvelle confrontation. Votre regard prend appui sur les deux pointes qui encadrent le paysage avant d'aller se perdre aussi loin que l'horizon et votre mélancolie le permettent.
Vous rêvez de devenir loin.
Sur le chemin du retour vous sentez dans votre dos l'amicale mais ferme pression du vent marin.
Vers l'est, de lourdes volutes nuageuses s'accumulent au dessus d'un trait de côte hérissé de quelques clochers, châteaux d'eau,  éoliennes et antennes relais.
Mais peu importe puisqu'il s'agit du continent et que vous êtes du bon côté.
Ma langue étrangère sourd dans un glacis de réalités subsidiaires.
Le silence dresse ses dentelles d'ardoise, offre son versant lisse aux déclinaisons ordinaires, glisse sur le vernis des pensées occluses - tandis que le côté mat, tourné vers l'obscurité, soliloque, regarde vers la terre, l'intérieur des failles, des tiédeurs nocturnes, des discours amoureux.
Un toit de secondes dévale une pente sans bruit.
Laissons plutôt l'hiver nous traverser.
Nous menions des conversations muettes, chacun à une extrémité d'un désert brûlant, aigu.
Sourire du givre attendri disséminé entre les blanches du piano.
Ce n'est pas la nuit qui tombe, c'est le jour qui y pénètre pour s'y défaire.
Le jour est masculin: il court à sa perte dans la laitance du crépuscule et des songes.
Le désir est un bruit de fond qui frissonne à la surface du siècle: Il n'a pas d'autre objet que lui-même. Nourri de sa propre vacuité, il court à sa perte avec une désolation radieuse. De l'invisible calciné où il se consume, il renaîtra encore, une fois couronné de mots, sujet à leur étreinte.
Je cherche des poussières au visage des imprononçables: 
sous le regard des contraires, j'entends ta voix et m'endors sous le voile de notes confidentes.
Au lever du jour la neige ceinturait le lac, les sommets alentours.
J'ai cru reconnaître l'ivoire de tes hanches.
Sous les ongles des années nouvelles brille une lune indistincte, concert de louanges et d'opprobre, coincée au firmament des calendriers et des artifices : un craquement de vernis sur la fêlure du temps qui bascule d'un baiser à l'autre.
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