------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Malgré la pluie qui vient ici délaver l’entre-jour, je n’ai plus que des mots écailles de poisson, des reflets vif-argents surnageant dans les flaques. 
Il pleut inverse et je suis à sec.
(essuie-glace)
Un désordre de feuilles bordeaux règne au pied de cet arbre quand tous les autres les tiennent serrés contre leurs branches sans en laisser échapper aucune: à quelles étreintes nocturnes s'est-il livré pour exposer un tel lit de débauche?
J'avais le vent, des poumons d'iode et des certitudes marines. J'écartais les bras au sommet de la falaise, criais aux rafales ma confiance aveugle dans tout ce tumulte, m'appuyais sur d'invisibles bourrasques, souriais à ce joyeux chaos.
Insouciant réconfort de ce qui vous dépasse !
Pourtant c'est toujours l'avant-dernière vague que l'on aperçoit, car déjà une autre s'apprête, recouvrant celle qui précède, masquant l'origine des points cardinaux, le début de la grande explication.

Où se mêlent les deux océans dans leurs rêves de grand Sud, accoure au secours des terres finissantes le secret bien gardé des épaules dénudées.
Je ne retiens des routes aériennes que ces gracieuses courbes glaciaires abandonnées au vif du ciel. Des évagations arachnéennes dont il ne reste bientôt que la douce mélancolie d'images gravées dans le néant des vents contraires.
Chaque mot est une conscience embarrassée, un aveu flagrant de l'impossibilité d'exprimer. L'objet de nos recherches est nécessairement ailleurs (avant, après, autour, peut-être...) dans une autre acception de la connaissance. L'informulé débrouille les lignes, fait retomber la tension que sous-tend le dédale lexical. 
Regardons l'ombre plutôt que l'arbre.
A l'invite du guide touristique, des couples en sursis s'embrassent sous le pont Marie, formulent des vœux qu'écrase la pierre séculaire.
Stupide imprécision des rêves:
j'ai confondu « aller de soi » avec « allée de soie »

Que cherchons-nous au bord de l'eau?
L'ubiquité de la parole perdue?
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