La mer se retire, s'indigne faiblement de devoir céder la place à nos regards impudiques.
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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface.
Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence.
Rien ne se tait tout à fait.
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Elle est revenue sans transition la saison lente et douce. Les jours et les nuits se fondent dans la même pâle lumière; le temps ne compte plus vraiment ; il n’y a plus d’alternance ni de succession événementielle mais une lente érosion de l’avenir, une glissade nonchalante vers « plus tard ».
J’aime cette période de l’année, les vêtements de pluie que l’on ressort des penderies, les pulls qui ont emprisonnés dans leurs mails les parfums d’époques révolues.
Il pleut. Il vente. Je toucherai bien ta main.
(eautomne)
Mes chemins côtiers ne traversent rien: ils restent à côté, font le tour sans insister, minéraux et placides, ligneux et lacunaires, ombrageux et sereins, faisant mousser un peu de temps écoulé entre les failles de marées qu'on ne rattrapera pas.
Au loin le continent, la terre fermée, un bras de mer que j'hésite à franchir.
Je ne suis pas pressé.
Les
maisons, toutes du même modèle, ne se différenciaient les unes des
autres que par quelques détails voulus par leurs propriétaires (un
chalet en bois au fond du jardin, un second garage, un potager...).
Toutes étaient rigoureusement alignées, desservies par un réseau ténu
d'allées perpendiculaires qui délimitaient les parcelles.
Vues du ciel, elles faisaient penser à des tombes. Et ce cimetière urbain s'étendait à perte de vue.
Heureusement
le pilote finit par se rendre compte de sa méprise. L'avion accéléra
soudain, fit un virage serré pour s'extraire coûte que coûte de ce
paysage désolant et parcourut une distance qui me parut considérable
avant que n'apparaissent une zone marécageuse, des barques de pêche, un
îlot d'où s'envolèrent des oiseaux blancs, des étendues herbeuses
grandissantes, puis enfin ces installations étranges qui annoncent la
proximité d'un aéroport.
J'enviais
l'insouciance des autres passagers qui à aucun moment n'avaient eu
conscience du péril auquel nous venions d'échapper.
Je vous tutoie pour mieux te vouvoyer.
Vouvoiement spontané, parce que je suis séduit.
Vouvoiement spontané, parce que je suis séduit.
Distance que l’on ne cherche pas à réduire précipitamment, indices livrés au compte-gouttes, puzzles que chacun assemble dans son coin: le vouvoiement est un peu de cette patiente retenue.
On a envie de poser la main doucement sur votre nuque, mais elle reste cousue au fond de la poche, on effleurerait volontiers l’intérieur de votre poignet quand vous portez une tasse de café à vos lèvres, mais on se satisfait d’imaginer une douceur satinée.
Le désir est dans la distance. Il est millimétrique.
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