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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Je longeais la mer; un peu comme je longeais ma vie, avec l'impression de n'y être jamais entré tout à fait.
L'océan était calme. Le tumulte originel restait tapi sous la surface mais venait de temps à autre effacer mes pas d'une lame un peu plus hardie que les autres. Pour l'instant je m'en remettais à la complaisance du hasard (cette vague aura-t-elle la force de déferler? Pourra-t-elle m'atteindre?).
Je réalisais combien cette difficulté à marcher, cette résistance à chaque pas, ne provenait pas de la consistance trop meuble du sable mais était du même ordre que celle à parler, à enchaîner les mots, à saisir le lien.
Finalement c'est dans ma vie que je m'enfonçais.
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