Je longeais la mer; un peu comme je longeais ma vie, avec l'impression de n'y être jamais entré tout à fait.
L'océan était calme. Le tumulte originel restait tapi sous la surface
mais venait de temps à autre effacer mes pas d'une lame un peu plus
hardie que les autres. Pour l'instant je m'en remettais à la
complaisance du hasard (cette vague aura-t-elle la force de déferler?
Pourra-t-elle m'atteindre?).
Je réalisais combien cette difficulté à marcher, cette résistance à
chaque pas, ne provenait pas de la consistance trop meuble du sable mais
était du même ordre que celle à parler, à enchaîner les mots, à saisir
le lien.
Finalement c'est dans ma vie que je m'enfonçais.