Inexorablement nous basculions dans l'été aride. L'herbe avait jauni, de la dune voisine descendait le parfum poivré des immortelles dont le retour marque le début de la saison sèche.
Je fuyais la fournaise de la plage et surtout la langueur des conversations civils: « nous avions vu que les volets étaient ouverts mais nous avions peur de vous déranger. Allez-vous rester longtemps? Êtes-vous seul? ».
Oui, vous m'auriez dérangé, oui, nous sommes toujours seuls, être entouré n'étant souvent qu'une pathétique tentative pour baliser les limites de nos solitudes intimes.
Je ne quittais guère l'ombre des oliviers, et celle, plus pointilleuse d'un large chapeau de paille en écoutant la conversation rustique des lézards et des rosiers grimpants.
Un matin pourtant je partais à vélo pour la longue traversée de la forêt de pins et de chênes verts qui longe la côte. Un puissant vent de terre marmonnait à la cime des arbres.
Ici l'univers est définitivement coupé en deux parties: ce qui vient de la mer et ce qui vient de la terre. Appartenir à cette dernière catégorie faisait de vous un être suspect, au mieux étrange, en tous cas quelqu'un avec qui on n'est pas obligé de finir ses phrases.
Je pensais qu'il vaudrait mieux ne pas être surpris dans ce bois en cas d'incendie. Encombré de branches mortes, d'aiguilles desséchées, de troncs gorgés de résine, il ne serait pas facile de s'en échapper.
Après une dizaine de kilomètres une clairière s'ouvre enfin sur une petite cité balnéaire, hideuse verrue bétonnée à la gloire des mirages immobiliers.
C'est laid mais ici personne ne me connaît. Et puis sur la plage est édifiée une baraque en bois tenue par un jeune couple jamais à court de sourires et de musique. Je m'installais sur la terrasse bricolée en planches disjointes. J'étais l'unique client, face à une plage déserte, un horizon ouvert.
Le trajet inverse fut éprouvant et même à l'ombre, la chaleur suffocante. J'étais de retour en fin de matinée, traversait le jardin fossilisé sous une lumière abrupte.
La maison était un havre de fraîcheur, je m'y désaltérais à grands traits, couvert de sueur. La pénombre, le contact froid du carrelage de la cuisine sous mes pieds nus me fît immédiatement penser que nous aurions fait l'amour là, en silence et en regards pour ne pas froisser l'instant.
Le lendemain je tentais de retourner au « café-plage » mais deux garde-forestiers interdisaient la traversée. Un incendie avait ravagé le bois peu après mon passage et il était encore dangereux de s'y aventurer:
« vous comprenez, avec ce fichu vent de terre... ».