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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Le discours désagrège.
C'est en cela qu'il nous construit: à mesure que nous dépouillons le langage de toutes ses écailles inutiles, nous nous défaisons de nous-même jusqu'à percevoir la vertigineuse nudité de nos sentiments. Nous rassemblons alors les bribes éparses qui jonchent le pavé de nos solitudes et nous réapprenons à dire. Ce quasi-silence est l'aboutissement extrême du dessaisissement de soi.
Parole émondée, vocabulaire archéen, simplification linguistique outrageuse nous conduisent à ne plus nous en remettre qu'à la seule phonétique:  s'entendre ou s'attendre, s'enfuir ou s'enfouir, se taire ou se terre.
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