------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le ciel vide ses cendriers au dessus d'une ville insécable. J'y cherche ma part indissoluble. 

L'hypothèse du bonheur  n'est pas gravée sur nos fronts: elle sommeille dans le roncier des habitudes.

Ajout de la soif aux rires des ruisseaux.

La grande hélice du désir ôtait ses vêtements coutumiers, amorces d'abrasions et de circonvolutions. 
Nue sous le tison de la jouissance, vous profériez une grammaire enfiévrée.

 

 Torsion du langage autour de tout ce qu'on ne peut toucher.
Elle vous fit remarquer le motif qui ornait le papier peint de la chambre, pourtant attribuée au hasard par le réceptionniste; mais vous ne parvenez plus à vous remémorer ce détail. Il vous échappe dès que vous êtes sur le point de vous en saisir, comme un mot sur le bout de la langue. Désormais cela vous obsède et revêt la plus haute importance. Dans l'espoir de le retrouver , vous avez refait à pied le trajet emprunté ce jour là , jusqu'à l'entrée de l'hôtel situé près de la Sorbonne, sans toutefois oser entrer et demander à voir la chambre. 
Rien n'y fait: l'indice se dérobe. 
Ce maillon manquant jette un trouble sur le déroulement des évènements en venant s'ajouter à une longue liste d'imprécisions dont il constitue peut-être le point de départ. Votre vie est ainsi jalonnée de moments précieux qui demeurent hors de portée. Vous finissez par douter qu'ils aient jamais existé. Ces lacunes composent l'archipel de vos disparues, ensemble d'approximations coupables dont la surface s'étend comme une tache d'encre sur le buvard. 
Parfois le fil du récit vous revient par fragments. Vous les juxtaposez, en marge de la mémoire, mais toujours sans images. 
Sans doute aimiez-vous cette femme aveuglément. 
 
S'agissait-il de fleurs ou bien de Cupidons décochant leur flèche?
Vous aimez les rumeurs anciennes. Celles dont l'écho ne faiblit pas mais auxquelles plus personne ne semble prêter attention. Alors vous restez là, assis au bord d'un fleuve immobile, occupant votre temps à déchiffrer des narrations implicites.

Chaque coucher de soleil est une tendresse: une attente, une hésitation, un embrasement, une incrédulité, l'ombre d'un doute.

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