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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface.
Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence.
Rien ne se tait tout à fait.
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Nous nous tenons au bout de nos phrases, derrière le rideau de la nuit, foulant de nos pieds nus un parvis de réticences.
Nous sommes sans âge.
Mon doigt posé sur vos cicatrices repousse au-delà des murmures le gel
hivernal. Initiés aux tendresses blanchies, nous recevons en secret
l'accolade du givre.
Qu'on nous donne une montagne sans abrupts offerts à la prédation du
vide, qu'elle soit un humble ravinement taillé dans la jouissance du
retour !
De proche en proche se propage un amour intangible. Chaque seconde qui
le précède rétrécit l'ampleur de la chair. Je prononce un nom sans
répliques : le souffle vient à me manquer.
C'est le limon des choses qui vous intéresse, cette vie insidieuse et
minuscule qui dispense d'envisager la globalité. Vous trouvez dans le
détail, surtout s'il est inutile, matière à rêver, c'est à dire à vous
perdre entre oubli et mémoire.
Le fortuit prime sur le nécessaire, le subalterne sur le crucial.