------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
L'éloquence de vos poignets.
(Vos mains tiennent un livre: vous m'échappez).
Chaque page est un nouveau récit. Parfois chaque phrase ou chaque mot. Il en est de même avec la ponctuation, les espaces, les sauts à la ligne, les non- dits.
Tout est pré-texte.
Ne cherchez pas de fil conducteur: le lien est le non-lien, le lieu vacant qu'il vous revient d'investir.
L'histoire ne s'achève donc jamais puisqu'elle n'a jamais commencé. Elle est à la fois ce que vous êtes ou ce que vous en ferez: une espérance, des grains de sable  qui vous filent entre les doigts et que le vent emporte, la beauté du geste, l'art de perdre, le désintéressement suprême qui vous fait tout aimer.
Je fis mon lit sur ces pavés domestiques sans craindre le martellement des insomnies.
 La mode est au "patient debout" : vous vous rendez à pied jusqu'au bloc opératoire en parcourant un labyrinthe de couloirs vêtu d'un adorable pyjama en papier. Des portes coulissantes s'ouvrent, vous êtes saisi par le froid, plusieurs personnes s'agitent devant leurs plateaux, écrans et appareils divers sans vous prêter la moindre attention, vous vous installez tout seul sur la table d'opération agréablement chauffée, enfin vous tendez vos bras coopératifs et votre regard confiant à l'anesthésiste ( pourvu qu'elle soit bien réveillée !)
- "Pensez à quelque chose d'agréable! "
Immédiatement une sensation glaciale remonte le long de votre bras gauche, vous serrez les dents pour ne pas vous mordre la langue comme la dernière fois et vous disparaissez dans un trou noir.
Vous prenez ces séances comme des avertissements, vous flirtez avec un monde dans lequel vous ne voudriez pas entrer davantage.
Vous êtes debout certes,  mais incertain.
L'hiver émacié résiste aux trilles matinales avant que ne reprenne la litanie des promesses. Des rumeurs alliées tracent pour vous un chemin éloigné de ces querelles vénielles.
Toutes désignent un îlot de sève débutante.
Nous nous sommes tus quand novembre refermait ses grilles magistrales. Je confiais mes paroles aux branches de votre arbre pour que vous en deviniez le revers alterné. Mais nul oiseau n' en vint relever le défi clairsemé, nulle rafale ne nous fit entendre raison. 
Vous restiez inestimable comme je demeurais littéral.
L'année nouvelle, condamnée à tergiverser, fut déclarée limitrophe et occasionnelle.
© Copyright
Tous droits réservés