------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Couturière amnésique je vous aimerais décousue tout autant que nue.
Je vais parmi les intentions sibyllines, sous la tendresse soyeuse du hasard, tandis que vous négociez les valeurs conjuguées de l'ambre et des baisers surannés.
Vous pouvez, en ce lieu, vous soustraire à l'agitation du boulevard, bien que vous en soyez distant de peu.
Par la vitre du premier étage, vous observez le flot ininterrompu de voitures qui descendent vers le fleuve, la file de bus et de taxis qui remontent vers le Jardin, l'interminable procession de piétons anonymes qui écrasent les trottoirs.
Vous ignorez si vous êtes concerné par cet univers, si vous en constituez un élément, quelle pourrait être la nature du lien qui vous y rattache.
Vous relisez ce que vous venez d'écrire, en cherchant le mot qui vous échappe et qui, vous en êtes certain maintenant, vous a été définitivement subtilisé par une de ces passantes, emporté comme fétu de paille à la commissure de ses lèvres, définitivement perdu dans un regret doux-amer.
Vous souriez de votre infortune.
Mes doigts fervents cherchent sous l'horizon un créneau de dentelle mais ne vendangent à l'aplomb des houles convalescentes qu'un lit de cendres modifiées.
Les positions relatives du rêve et du possible ne permettent pas de lever le doute: il reste dans l'angle mort la sollicitation des saisons univoques, en lutte contre le tarissement des sources.
© Copyright
Tous droits réservés