________________________________________________________________________________________________________

Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

________________________________________________________________________________________________________
Il pleuvait sur ces visages inconnus - comme sur le mien - , sans que les averses ne parviennent à dissoudre nos discours adossés.
Le ciel nous accordait une audience tandis que dans la séparation des nues s'ébauchait un postulat amoureux.
Dans le lierre des phrases courent les petites mains du souvenir, sentences loyales à leur inéluctable désagrégation.
S'exclamer: porter au devant de soi une évidence révolue afin d'entailler le vide considérable qui nous en sépare.
Puis revenir au corps du texte, tirer un tiret:
- C'est vous!
Un peu de neige était tombée pendant la nuit mais sous l'ardent soleil de l'été elle fondait à mesure que nous progressions. Ainsi, demeurions-nous entre deux mondes: un alpage verdoyant et parfumé surveillé ici ou là par quelques gentianes, et une poudreuse étincelante qui protestait sous nos pas en collant à nos semelles.
Il fallait tour à tour nous dévêtir ou bien nous rhabiller suivant que nous traversions l'une ou l'autre de ces fausses saisons. 
Finalement c'est l'été qui l'emporta et nous permit de franchir les derniers rochers sans risque de glisser.
Toute cette énergie dépensée n'avait aucun but sinon atteindre ce sommet où toute parole est inutile.
Face à nous, lentement, le glacier glissait sa main froide dans le dos de la vallée.
Le divan contredit le sommeil sans assombrir la vérité incorruptible du présent.
Aurons-nous l'audace du temps contrefait et des inventaires incrédules?
© Copyright
Tous droits réservés