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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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La webcam, infatigable, tourne la tête de gauche à droite puis de droite à gauche. Elle surveille pour moi le sommet de cette montagne. La neige est là mais on sent bien qu'elle n'y croit pas vraiment, que son heure n'est pas encore venue. Modestement elle n'insiste pas.
Parfois des détails changent: une voiture garée sur le parking, un engin dont les phares découpent deux halos clairs au dessus de la route d'accès, une tâche d'herbe qui s'élargit ou diminue au gré des précipitations et de la température indiquée par deux petits thermomètres, un rouge et un bleu, incrustés en haut à droite de l'écran.
Les images sont captées à intervalles irréguliers ce qui donne à la scène un caractère énigmatique. Apparitions et disparitions se succèdent sans que l'on puisse établir avec certitude un lien de causalité.
Jamais on ne distingue une silhouette. 
Je ne puis rester continuellement devant mon écran mais heureusement on peut remonter le temps en choisissant une date et une heure puis le faire à nouveau défiler (en accéléré). 
Si je disposais d'une telle fonction dans ma vie, je serais sans doute tenté de l'utiliser. 
Au ralenti.
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