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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Dès le début du spectacle, l'une des danseuses africaines perdit le bandeau jaune qui retenait ses cheveux. 
A partir de cet instant je n'ai plus regardé que cela: cet éclat de soleil tombé dans un coin sombre de la scène. La danseuse aurait pu le reprendre dans un geste si gracieux et naturel qu'il serait passé inaperçu. Un régisseur habillé de noir aurait pu le faire disparaître en se faufilant habilement entre deux mouvements de projecteurs. Mais personne ne broncha tant le morceau d'étoffe semblait négligeable aux yeux de tous alors qu'il devint pour moi le centre du spectacle, le point où se focalisait toute mon attention, là ou sans aucun doute allait se produire quelque chose d'extraordinaire que personne n'aurait vu venir.
Mon émotion allait croissante tandis que les spectateurs suivaient des yeux la troupe qui évoluait maintenant une autre partie du plateau, mais je me gardais bien d'en trahir la moindre manifestation afin de garder pour moi seul la primeur de l'événement dont le bandeau jaune serait sans aucun doute  l'origine et la genèse.
Finalement rien ne se passa, pour cette fois.
Mais il s'en était fallu de peu.
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