Le phare jette des phrases énigmatiques par dessus les épaules des pins: trois longues, deux courtes, une hésitation, puis il recommence.
Des années qu'il se répète ainsi et que je le surveille sans parvenir à comprendre ce qu'il veut dire.
Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.