Assis sur un banc j'observe la progression du soleil qui barre la rue. Je n'attends pas qu'il m'atteigne (irradiation excessive qui envahira les cheveux, le visage, fera cligner des yeux, chauffera au travers des vêtements), non, je guette autre chose, l'instant d'avant, celui de la transition, lorsque la nappe de lumière se sera approchée à moins d'un mètre, physiquement encore indécelable et pourtant transformant l'air et le temps en une promesse inaudible, en un murmure d'atomes minuscules et considérables qui réveillent une mémoire de peau inaltérée.
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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.
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