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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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J'aime particulièrement les premières phrases des livres, surtout celles dont on sent que leurs auteurs les ont longtemps portées, entretenues dans une rumination douloureuse, polies, façonnées, édulcorées, usées au cadencement des promenades solitaires, avant de se résoudre enfin à les transcrire dans un ultime soubresaut, un aveu d'impuissance, pour s'en défaire au grand jour sans savoir si elles atteindront jamais le regard devant lequel elle se réaliseraient en se consumant (lire relève souvent de l'incendie, du maniement de cendres) , dérisoires et volatiles.
N'est-ce pas cela écrire, cette transformation ténébreuse d'un tumulte brouillon vers une incertitude magistrale autant qu'illisible ?
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