J'aime particulièrement les premières phrases des livres, surtout celles dont on sent que leurs auteurs les ont longtemps portées, entretenues dans une rumination douloureuse, polies, façonnées, édulcorées, usées au cadencement des promenades solitaires, avant de se résoudre enfin à les transcrire dans un ultime soubresaut, un aveu d'impuissance, pour s'en défaire au grand jour sans savoir si elles atteindront jamais le regard devant lequel elle se réaliseraient en se consumant (lire relève souvent de l'incendie, du maniement de cendres) , dérisoires et volatiles.
N'est-ce pas cela écrire, cette transformation ténébreuse d'un tumulte brouillon vers une incertitude magistrale autant qu'illisible ?