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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Ce matin je l'ai perçu le glissement du jour: les phares éteints dès la sortie des tunnels, cette promesse rougeoyante inhabituelle qui s'extrait de la banlieue Est, mais surtout ce frémissement intérieur que l'on sent poindre avant même d'en saisir les détails, encore impalpable et brumeux, pas tout à fait un élan , plutôt un affleurement de mots dont on avait perdu l'usage (lumière, légèreté, lenteur, frôlement), émergence de pensées diffuses non reliées à la nécessité de l'instant (décider de rappeler ou non le numéro reçu par SMS), éveil plutôt que réveil avec cette impression confuse qu'il y aurait bientôt plus de matins que de soirs, qu'il importait de prendre le temps d'occuper le temps dans sa pleine et inutile rondeur.
Pour un peu l'envie de s'essayer au monde l'emporterait presque sur celle de s'en retirer.

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