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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Je vous vois au travers du voile grenat de mes paupières closes.
Longtemps vous ne fûtes qu'une ombre, un soupçon de non-lumière accroché au revers de ma solitude. J'avais beau écarquiller les yeux, je ne saisissais alentour, au vol, qu'un reflet de cheveux, l'éclat d'un regard ou d'un rire, la courbe d'une hanche, quelques bribes de phrases, des résonnances qui s'éteignent sur elles-mêmes, quelques froissements d'âmes et d'étoffes. 
Rien de bien tangible - car mes mains finissaient toujours par se retrouver orphelines, la droite symétrique à la gauche, chacune renvoyant à l'autre l'image de votre absence, avec cependant la certitude patiente de votre existence entière quelque part.
A force de ne rien retenir j'ai compris que vous seriez insaisisable, cette impression lumineuse dont on ne sait si, réelle, elle parvient par la seule force de son évidence à traverser l'écran opaque des yeux fermés pour venir troubler l'ordonnancement des pensées régulières, ou bien, imaginaire, si elle tente d'exister dans l'univers agité des dehors et vient briser son élan là, dans un battement de cils.
Je vous sais les yeux fermés comme d'autres savent par coeur.
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