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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Odeur de buis arrachée à la mi-mars de je ne sais quelle année conversationnelle puis déposée sur une lamelle pour échantillonnage de mon enfance et de là expédiée dans le court moment adulte
Pour étude, hébétude
Buis aux mille watts beaux. 
(Dominique Fourcade. Eponges modèle 2003)

Elle me revient en pleine face cette odeur de buis, cette maison sévère d’ardoises glacées, rongée par les ronces de l’abandon, griffures imprécises aux jambes du temps, du haut de sa colline, sous le vent du moulin dont les bras désarticulés m’envoient des signaux indéchiffrables.

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