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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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On cherche un mot, comme une arche où passerait le fleuve.
Un mot, un lit profond, syllabes de limon, langue pour relier la source à l'estuaire.
Un rivage surgit dans la lumière blanche.
Un jour à livre ouvert.
Pour toute écriture, un alphabet de barques.
Grappe d'enfants blottis sous les salsepareilles pour écouter la mer.
Puis le sommeil nous couvre de ses mains d'écume.
Jacqueline Saint-Jean. "Chemins de bords".
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