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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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La brume s'est évanouie. Par surprise. Tout est figé.
La course du soleil est suspendue, les ombres sont écrasées, la marée résolument basse et indolente, le vent évanoui, le bruit perdu dans l'infini, le temps fossilisé dans l'instant.
Calme blanc.
Même l'horizon n'ose plus se différencier, aligner sa certitude rigoureuse.
Fragile équilibre qu'un seul regard trop appuyé pourrait détruire. Je retiens mon souffle.
Je guette l'apparition des premières risées. Elles viendront par l'ouest, en bancs sauvages et ridés, en reflets translucides, en glissades froissées. Puis la brise s'établiera, tranquille et décidée. En quelques instants, c'est tout le paysage qui aura changé, presque oublié dans l'insouciance de la mémoire.
Simplement les gens diront: " le vent s'est levé ".

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