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Les mots sont nos caresses les plus souveraines. Et si nous nous taisons parfois c’est pour dresser des arches de silences appuyées à nos flancs amoureux, mieux passer de l’un à l’autre, ouvrage et contre-ouvrage, bâti certain enjambant la rivière et reflet tourmenté froissant la surface. Les mots projettent leur ombre : le silence. L’absence révèle la présence et inversement, comme en musique la mélodie soudain disparue poursuit une phrase souterraine pour mieux nous ravir à sa résurgence. Rien ne se tait tout à fait.

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Devant moi elle a bu cette tasse de café. 
A petites gorgées de porcelaine vive. Encore plus lentement peut-être.
Seulement elle a gardé un peu du précieux breuvage sans l'avaler. Alors je l'ai embrassée. Je suis venu boire dans sa bouche.
J'y ai trouvé de l'ébène, de l'ivoire, des incendies de forêt, des galopades effrénées, des chutes d'eau, des escalades vertigineuses, des abîmes insondables, des terres inondables, des pentes sauvages, des torrents de cailloux, des morsures animales, des lits de mousse, des retraites précipitées, des contre-attaques fulgurantes, des avalanches suspendues, des souffles coupés , des rivages apaisés, des plages nacrées, des pêches miraculeuses, des accents aigus, des peurs d'oser, des désirs inavoués, des promesses intenables, des mensonges éhontés, des mots susurrés, des mots sucrés, des mots salés…
Nous avons bu jusqu'à l'extrême liquéfaction de l'arôme, jusqu'à supposer sa sublimation subtile, son évaporation tactile, son évanouissement froissé, sa souvenance fossile.
Simplement, nous avons pris notre premier café ensemble.
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